Critique : La Part de l’Autre, Eric-Emmanuel Schmitt

la_part_de_l_autre
Edition :
Le livre de poche
Prix : 7,10 €
Nombre de pages : 503
Genre : science-fiction
Note : 20/20 ❀

RĂ©sumĂ© : 8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalĂ©. Que se serait-il passĂ© si l’École des beaux-arts de Vienne en avait dĂ©cidĂ© autrement ? Que serait-il arrivĂ© si, cette minute lĂ , le jury avait acceptĂ© et non refusĂ© Adolf Hitler, flattĂ© puis Ă©panoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-lĂ  aurait changĂ© le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionnĂ© Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changĂ© le cours du monde…

« Mes livres me demandent plus que ce que je ne leur demande. Ce deuxiĂšme jour d’Ă©criture m’a confirmĂ© la nĂ©cessitĂ© d’un gros volume. Ca y est, je ne suis plus Ă©crivain, je ne dirige plus ; je passe au service d’un monstre qui me dicte ses exigences, je suis scribe. « 

 Voici un extrait des propos que tient l’auteur dans le journal intime qu’il tenait lors de l’Ă©criture de cet ouvrage (imprimĂ© en postface). Ces quelques mots en disent long sur l’exercice extĂ©nuant qu’Ă©tait devenue la rĂ©daction de ce livre pour Eric-Emmanuel Schmitt.

Ce fut pour moi une lecture extrĂȘmement enrichissante et forte en Ă©motions. Je n’ai jamais autant Ă©tĂ© submergĂ©e par celles-ci lors d’une lecture. Ce livre est devenu l’un de mes prĂ©fĂ©rĂ©s et celui que je recommanderai vivement Ă  l’avenir Ă  quiconque s’intĂ©resse Ă  la seconde guerre mondiale, tout comme moi. Je rajouterai mĂȘme qu’il devrait ĂȘtre Ă©tudiĂ© en classe que ce soit en collĂšge ou lycĂ©e. Loin d’ĂȘtre un simple roman, il s’agit vĂ©ritablement d’une biographie doublĂ©e d’une histoire, certes fictive, mais vue par l’auteur et les historiens ayant lu cet ouvrage comme une fiction qui aurait pu ĂȘtre une rĂ©alité si le fameux Hitler avait Ă©tĂ© acceptĂ© Ă  l’Ecole des beaux-arts.

Ce livre nous rapporte la vĂ©ritable origine du nazisme. Si vous ĂȘtes loin d’ĂȘtre un expert en seconde guerre mondiale mais que vous vous y intĂ©ressez un temps soit peu, La Part de l’Autre saura vous apporter autant qu’Ă  moi.

La Part de l’Autre est un conflit constant entre deux ĂȘtres qui ne sont finalement qu’une seule et unique personne dont une seule date est Ă  l’origine des diffĂ©rences de parcours : le 8 octobre 1908, jour oĂč Adolf Hitler a Ă©tĂ© refusĂ© Ă  l’Ecole des beaux-arts. Le livre est constituĂ© en tout et pour tout de quatre grandes parties et non dĂ©coupĂ© en de multiples chapitres oĂč une distance serait dĂ©finitivement Ă©tablie entre les deux personnages. Ceci dit, nous pouvons facilement distinguer les alternances de rĂ©cits des deux protagonistes par leur appellation ; nous avons donc affaire Ă  Adolf H et Hitler.
Adolf H ne sait expliquer certains coups du sort, se demandant constamment « pourquoi moi? » tandis qu’Hitler, pense ĂȘtre l’Elu, celui-mĂȘme de la Providence. Il pense ĂȘtre invincible et au-dessus du monde mĂȘme. L’un espĂšre mourir avant de voir se produire une autre guerre, l’autre espĂšre de tout cƓur y assister en tant que dirigeant de celle-ci.

Nous sommes face Ă  deux histoires parallĂšles se rejoignant finalement pour ne former qu’une seule et mĂȘme droite.

Durant ma lecture, j’ai Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  une rĂ©alitĂ© triste mais indiscutable. Adolf Hitler Ă©tait bel et bien humain, tout comme vous et moi. Et dans ce livre, non seulement nous cĂŽtoyons cet effrayant personnage en tant qu’Homme mais nous oublions parfois Ă©galement quels actes celui-ci a commis. Il retrouve la part d’humanitĂ© lui ayant Ă©tĂ© ĂŽtĂ©e par les malheureux Ă©vĂ©nements des annĂ©es 1940 desquels il fut Ă  l’origine. Tant et si bien que j’en suis venue Ă  avoir peur qu’il trouve la mort tandis que je tournais et tournais encore les pages de ce livre formidable… Advient mĂȘme un Hitler plus humain que la plupart des hommes d’aujourd’hui ; ici, je fais plus particuliĂšrement rĂ©fĂ©rence aux passages oĂč il est question de l’amour inconditionnel qu’il portait aux animaux. A mes yeux, il m’a semblĂ© que le seul amour qu’il ait Ă©té capable d’offrir tout au long de sa vie leur Ă©tait destinĂ©. Je dois avouer que cela m’a bouleversĂ©. J’ai trouvĂ© plusieurs de ces passages trĂšs poignants. J’ai mĂȘme commencĂ© Ă  verser des larmes de compassion pour cet homme qui perdait si facilement les seuls ĂȘtres qu’il parvenait Ă  chĂ©rir…

Je recommande sincĂšrement ce livre passionnant en tous points, qu’il s’agisse d’un point de vue psychologique, sociologique, historique et tout simplement, un point de vue humain.

Citations : 

  • Les larmes baignaient le visage d’Adolf sans qu’il s’en rendĂźt compte. Elles le lavaient de son passĂ©, de son angoisse, de ses douleurs. Elles faisaient sa toilette de nouveau-nĂ©.
  • Elles sont presque toutes comme ça. Sauf la vraie, l’unique, l’inespĂ©rĂ©e, celle que tu rencontreras peut-ĂȘtre, que le destin te rĂ©serve, mais ne t’en fais pas, celle-lĂ , elle te reconnaĂźtra. MĂȘme sous un tas d’ordures, elle te reconnaĂźtra. Celle-lĂ , tu la mĂ©rites, elle te mĂ©rite. Les autres, oublie-les toutes.
  • Les ennemis comme les camarades n’ont le temps d’avoir un visage qu’une fois morts. Cela dĂ©passe toute mesure humaine. L’homme y met la force de son industrie, tous les produits de la mĂ©tallurgie, mais, tel l’apprenti sorcier, il ne contrĂŽle plus rien de ce qu’il a dĂ©clenchĂ©.
  • Il n’y a pas de sĂ©curitĂ© en amour car chacun pense qu’il doit dissimuler, qu’il ne peut ĂȘtre aimĂ© tel qu’il est. Apparence. Fausse façade. Un grand amour, c’est un mensonge rĂ©ussi et constamment renouvelĂ©. Une amitiĂ©, c’est une vĂ©ritĂ© qui s’impose. L’amitiĂ© est nue, l’amour fardĂ©.
  • – Ce sont les hommes qui se font la guerre entre eux. Rien qu’eux. N’allez pas mĂȘler Dieu Ă  ça, s’il vous plaĂźt.
    Elle avait raison, Adolf le savait et y pensait sans cesse. Les animaux se mangent mais ils ne se font pas la guerre. Depuis le dĂ©but du conflit, il comptabilisait ce qui diffĂ©renciait les hommes des bĂȘtes ; pour l’instant, il avait trouvĂ© le tabac, l’alcool et la guerre. Trois maniĂšres de se tuer plus vite. Au fond, l’homme se distinguait de l’animal par une impatience de la mort.
  • -Tu t’aimes? demanda Sarah en riant.
    – Oui. Ca va. Mon corps me sert Ă  toujours Ă  quelque chose. Surtout Ă  jouir. C’est peut-ĂȘtre pour cela que je suis moins amochĂ© que beaucoup d’hommes de cinquante ans.
    – Peut-ĂȘtre. En tout cas, moi je t’aime.
    – Ce doit ĂȘtre ça. Je vieillis bien parce que je vieillis dans tes yeux.
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6 réflexions sur “Critique : La Part de l’Autre, Eric-Emmanuel Schmitt

  1. Oh mon Dieu il faut absolument que je me le procure, il a tout l’air d’etre un chef-d’oeuvre ! (Ce qui ne m’etonne pas vu l’auteur Ă  vrai dire :p) j’ai toujours pensĂ© qu’il y avait beaucoup d’humanitĂ© en cet homme malgrĂ© ses actes, ce livre m’attire tellement ! Et la derniere citation est juste.. Wahou !! Merci pour cette fabuleuse critique, bon courage pour la suiiiite 🙂

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